23 juillet 2017

LA COULEUR DES SENTIMENTS - KATHRYN STOCKETT

« J'ai envie de crier assez fort pour que Baby Girl m'entende, de crier que sale, c'est pas une couleur, que les maladies, c'est pas les Noirs. Je voudrais empêcher que le moment arrive - comme il arrive dans la vie de tout enfant blanc - où elle va se mettre à penser que les Noirs sont moins bien que les Blancs. »


Titre : La couleur des sentiments

Auteur : Kathryn Stockett

Édition : Babel

Pages : 609

Prix : 9,70€

Résumé :

Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée.
Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même laisser un mot.
Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

Mon avis :

Je voulais absolument lire ce roman depuis un bon moment maintenant ! En effet partout on en entend énormément de bien. Cependant, pour mes cours d'anglais, j'ai été obligée de regarder le film alors que je n'avais toujours pas commencé le roman… (ce qui m'a beaucoup contrariée, je ne vous le cache pas !). J'ai donc attendu un peu avant de finalement me plonger dans le livre, pour essayer d'oublier (un peu) certains éléments de l'histoire.
Vous l'aurez compris, en commençant cette lecture je ne me suis pas plongée dans l'inconnu puisque j'avais déjà en tête les personnages, les éléments principaux de l'histoire et l'univers dans lequel tout se déroule.

Dans ce roman, on va suivre trois personnages principaux qui ont tour à tour des chapitres vus de leur point de vue.
On va donc tout d'abord suivre le personnage d'Aibileen, une femme noire d'un certain âge, au service d'une famille blanche : Aibileen est bonne depuis toujours et elle s'est occupée de nombreux enfants blancs. Aibileen est un personnage attachant au possible : c'est une femme tendre, courageuse, intelligente. Elle a vécu des événements dramatiques et mène une vie peu simple, comme toutes les autres bonnes de Jackson, Mississipi. Malgré cela elle fait son possible pour améliorer l'existence de Mae Mobley la petite fille dont elle a la charge. Aibileen raconte son histoire dans les chapitres qui lui sont consacrés avec douceur, simplicité et justesse. C'est un personnage beau qui semble réel.
On va également suivre le personnage de Minny. Minny est la meilleure amie de Aibileen et est elle aussi employée comme bonne. Minny est personnage avec un caractère fort : elle n'a pas la langue dans sa poche et dit franchement ce qu'elle pense (quitte à s'attirer de sérieux ennuis). Tout comme Aibileen, elle n'a pas la vie simple. C'est ainsi un personnage drôle, attachant et « contrasté » ce qui la rend d'autant plus humaine.
Enfin le dernier personnage dont on va avoir le point de vue est Miss Skeeter, une jeune femme blanche. Miss Skeeter est un personnage doux, ambitieux et intéressant car tout au long du roman on va pouvoir observer son évolution et sa métamorphose. En effet, Miss Skeeter est différente des autres blanches ; elle veut faire changer les choses ...
Ces trois personnages sont tous différents mais tous attachants et terriblement humains.
Bien entendu, on va rencontrer dans ce roman d'autres personnages, notamment les femmes blanches qui emploient les bonnes. Elles sont elles aussi toutes différentes, et difficiles à oublier ... chacune à leur manière.

Dans ce roman, on va donc suivre Skeeter qui va un jour décider d'écrire un livre regroupant les témoignages de femmes noires employées comme bonnes chez des blanches. Elle va ainsi faire appel à Aibileen.
Cette histoire, pourtant simple, est bouleversante. En effet, elle se déroule dans une époque proche ; les années 60 aux États-Unis, mais qui est pourtant très différente de la notre puisque la ségrégation y est encore présente. C'est une histoire qui nous plonge donc dans le quotidien de plusieurs familles nous faisant ainsi découvrir de façon immersive la ségrégation.
C'est aussi un roman sur les relations humaines. On voit des personnages se lier, se séparer. On découvre ce qu'il y a de beau et de laid, en l'homme, en l'humanité. L'auteur réussit à merveille à retranscrire les sentiments des personnages et l’ambiguïté des relations entre bonnes et employeuses.
Cette histoire est belle, touchante, émouvante et importante. Elle nous rappel quelle était la réalité il y a seulement quelques décennies dans un pays pas si différent du notre. Et elle nous montre que l'on peut lutter à notre échelle.

La plume de l'auteur est simple, originale et agréable. Selon le point de vue, elle réussit à changer son style. Ainsi elle parvient à nous immerger dans les pensées et la vie de Skeeter, Minny et Aibileen. Elle glisse dans son écriture des formes d'oralité qui permettent de retranscrire la façon de parler des personnages et leur milieu : c'est à la fois simple et beau.

On vit cette histoire avec les personnages que l'on ne veut plus quitter. L'auteur nous en apprend beaucoup, nous fait rire, presque pleurer, nous émeut, nous horrifie. En somme cette histoire nous fait vibrer tant elle est belle, réelle et effroyable.
C'est un roman poignant qui vous marquera autant par son histoire que par ses personnages.


COUP DE CŒUR !

7 juillet 2017

PHOBOS, T.1 - VICTOR DIXEN

« Le silence ne ment pas, il est plus pur et plus vrai que la plupart des paroles » 
 

Titre : Phobos (tome 1)

Auteur : Victor Dixen

Édition : Robert Laffont (collection R)

Pages : 433

Prix : 17,90€

Résumé :

Six prétendantes d’un côté. Six prétendants de l’autre. Six minutes pour se rencontrer. L’éternité pour s’aimer. Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d’un même vaisseau spatial. Ils ont six minutes chaque semaine pour se séduire et se choisir, sous l’œil des caméras embarquées. Ils sont les prétendants du programme Genesis, l’émission de speed-dating la plus folle de l’Histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars. Léonor, orpheline de dix-huit ans, est l’une des six élues. Elle a signé pour la gloire. Elle a signé pour l’amour. Elle a signé pour un aller sans retour. Même si le rêve vire au cauchemar, il est trop tard pour regretter.


Mon avis :

J'ai lu ce roman il y a un moment maintenant, mais je n'avais toujours pas écrit de critique à son sujet. J'ai retardé le moment de la rédiger, car j'ai eu besoin de prendre beaucoup de recul pour parvenir à formuler un avis constructif.
Phobos est un roman que je voulais lire depuis longtemps : en effet, partout on entend énormément d'avis positifs à son sujet. Mes attentes étaient donc énormes. J'ai placé la barre trop haute et espéré beaucoup, et mon avis en a un peu souffert.

Nous suivons dans ce roman Léonor. C'est un personnage que j'ai apprécié : elle a un caractère fort et une passion pour le dessin dans laquelle je me suis retrouvée. Cependant, certaines de ses réactions et son comportement mon parfois profondément agacés. Je ne peux cependant pas vous en dire plus au risque de vous spoiler certains éléments de l'histoire.
Les prétendants et prétendantes que côtoie Léonor ne sont pour moi pas assez développés. J'aurais aimé pouvoir les découvrir plus en détails, car j'ai eu le sentiment en refermant le livre que l'auteur était resté trop en surface en ce qui les concernait. De plus, les caractères de chacun sont beaucoup trop disparates ou pour certains peu crédibles. Bien sûr cela peut s'expliquer par la sélection de prétendants pour la télévision et donc la recherche de personnes différentes les unes des autres. Néanmoins j'ai vraiment eu du mal à accrocher avec certains personnages qui me semblaient surfaits.
Il y a un personnage que j'ai cependant trouvé vraiment intéressant à découvrir : Sérena McBee, la méchante de l'histoire qui s'occupe de la chaîne Génésis. C'est un personnage bien entendu affreux et horripilant, mais son caractère est vraiment bien développé et on prend plaisir à observer sa façon de se comporter.

Dans Phobos, le lecteur en sait plus que tous le monde. On assiste à ce qui va se passer, impuissant. On se demande ainsi comment les événements vont évoluer. En cela, l'intrigue est très bien faite ; cela donne du suspense à l'histoire et la rend addictive.
En lisant Phobos, on s'en veut aussi énormément, car le lecteur se retrouve dans la même situation que les spectateurs de la chaîne Génésis. En effet, on assiste aux speed dating avec avidité, et on en redemande malgré l'aversion que l'on éprouve pour le concept de l'émission. Le lecteur devient ainsi en quelque sorte un voyeur.
L'histoire est donc très prenante et addictive ! J'ai dévoré ce roman en deux jours. De plus les idées de l'auteur sont intéressantes et le concept très bien trouvé ! L'émission de télévision inventée par Victor Dixen est bien développée et est totalement crédible !


La narration est originale car on va lire différents points de vue intitulés « Champ », « Contre-champ », « Hors champ », … et qui donnent au livre un aspect très cinématographique. Ces différentes parties correspondent aux points de vue de Léonor, des spectateurs, de la chaîne Génésis, des responsables de la chaîne, etc. J'ai eu une petite préférence pour les chapitres vus du point de vue de Léonor ou de la chaîne Génésis (eh oui, comme je vous le disais, on se transforme en véritable spectateur de l'émission, qui veut toujours savoir ce qui se passe dans le vaisseau).
L'auteur utilise le présent de l'indicatif pour raconter son histoire. C'est personnellement un temps que je n'apprécie pas particulièrement dans les romans surtout quand il est utilisé à la troisième personne du singulier ; ce qui est le cas dans certains chapitres de Phobos. Néanmoins, Victor Dixen a réussi à me faire oublier cela (ce qui est plutôt bon signe). 
 
En somme, j'en attendais trop de ce roman si bien que j'ai été très critique face au moindre détails durant ma lecture. Ainsi, j'ai notamment eu du mal avec les personnages (qui ont une place très importante puisque leurs rencontres, lors des speed dating, sont au cœur de l'histoire). Néanmoins l'intrigue est intéressante, l'histoire addictive et l'idée de départ bien pensée : c'est un roman français digne des sagas américaines à succès (je ne vous cache pas que ça me fait plaisir de voir des auteurs français écrire désormais ce genre de roman). C'est donc un roman très agréable à lire que l'on dévore !


UNE LECTURE ADDICTIVE !